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08.03.2008
A propos de la création du disque La petite Juju… (par Angelina Galvani, conteuse)

Naissance du projet
Le projet est venu des éditions Oui-Dire. Ils avaient assisté à une séance où je racontais en public au festival des Arts du Récit en Isère. On a discuté et ils m’ont proposé de faire un disque… C’était il y a trois ans.
J’étais ravie. J’ai toujours adoré les histoires enregistrées. Quand j’étais petite j’écoutais beaucoup de cassettes avec album où on doit tourner la page quand on entend la sonnette. J’ai un très bon souvenir de ces moments de pure rêverie.
J’entends parfois les conteurs dire qu’un disque ce n’est pas vivant, ça fige, ce n’est pas tout à fait du « conte ». Je crois que c’est très différent de raconter en public en effet, mais je trouve ça passionnant. Justement, c’est l’occasion de s’adresser aux auditeurs dans leur intimité. On sait qu’ils vont l’écouter chez eux, souvent seul, peut-être plusieurs fois. C’est un sacré travail de chercher cette proximité, cette adresse vivante, alors que justement, tout est « figé » et qu’on n’est plus là au moment où tout se passe (au moment de l’écoute)…
Ecriture des histoires
Pascal Dubois m’a demandé de lui proposer des histoires pour le disque. J’en ai proposé plein. A l’époque il n’y en avait qu’une ou deux avec la petite Juju. Il fallait un fil conducteur. Je trouvais moi aussi que c’était important d’avoir une cohérence, une logique d’ensemble propre au disque. Nous sommes tombés d’accord, sur la piste de la « petite Juju ».
J’avais écrit seulement deux histoires où elle apparaissait comme personnage. Mais depuis un moment déjà il y a avait une petite fille qui lui ressemblait dans plusieurs histoires ou comptines, et puis un « ton », un univers qui se profilait. Ça a été le prétexte pour moi de plonger complètement dedans.
Là, ça a pris un peu de temps j’avais plein d’idées, mais c’est toujours long de construire une histoire. Je fais ça par couches. Il y a une première histoire que je « rêve », puis que je me raconte à moi-même, parfois je m’enregistre, et au fur et à mesure elle se transforme, les mots se précisent, les phrases sont plus souvent les mêmes, j’écris certains passages. Parfois je la laisse reposer un peu pour qu’elle mûrisse toute seule. Parfois il faut rêver de nouveau. Ensuite je la teste. Je la raconte en public au milieu d’autres histoires. Là je vois tout de suite ce qui va et ne va pas. Je recommence je re-teste etc. C’est vraiment avec les oreilles des auditeurs qu’elle prend forme. En général je ne peux pas dire qu’une histoire est « définitive », même celles du disque. Elles sont fixées, mais si je les raconte en public, ça va changer encore. Je ne me sers de l’écrit que comme un outil, pour mémoriser quelque chose de précis, ou pour travailler sur un détail de rythmes de jeux de mots et aussi au final si je veux déposer mon histoire. Je fais le choix de ne pas « écrire » en premier, pour que les mots soient vraiment au service des sensations et de l’imaginaire, c’est le seul moyen que j’ai trouvé pour que l’écriture soit juste.
Je m’inspire toujours d’autres textes, d’autres contes, pour la structure de mes histoires, souvent de plusieurs à la fois, et parfois sans savoir bien lesquels exactement… Pour moi c’est comme ça que marche la création « littéraire », même si on n’en a pas toujours conscience. On est imprégné d’histoires de schémas, de constructions littéraires, on les attrape un peu au hasard on les fait passer par le filtre de notre imaginaire et ça devient des histoires uniques, les nôtres. Ce n’est pas vraiment de la création, plutôt de la re-création. On ne peut pas inventer complètement, je crois. Ça n’empêche pas que ce qu’on produit est parfaitement singulier et « inédit ».
Pour créer la petite Juju et sa famille. Je me suis inspirée de mes propres sensations d’enfant. Les souvenirs et la manière dont on peut les faire revivre en nous me passionnent. Particulièrement ceux de l’enfance, qui est une période vraiment à part, où le temps s’étale, où les valeurs ne sont pas les mêmes. C’est une époque dont je ne peux qu’être nostalgique : la liberté, le jeu, l’insouciance, l’affection, la tendresse et pourtant…je voulais tellement grandir ! Quand j’écris pour les enfants j’écris en repensant à la petite fille que j’étais, comment je percevais le monde, ce que j’aimais. Et je dis à cette petite fille : regarde comme c’est bien, profites-en !!!
Rencontre avec Rémi et sa contrebasse
Quand j’ai eu toutes mes histoires, on a fait une deuxième maquette et on a cherché un musicien. En passant de main en main, la maquette est arrivée dans les oreilles de Rémi Auclair, à 600 km de là. Il m’a envoyé à son tour des enregistrements de ce qu’il faisait à la contrebasse avec une chanteuse. Ça m’a plut, j’ai trouvé que sa musique pouvait porter l’imaginaire, prolonger les histoires dans la tête des auditeurs, soutenir leur rêverie. J’ai trouvé aussi que la contrebasse accompagnant une voix de femme, ça allait pas mal. Ensuite il a composé des musiques à partir des histoires.
Nous nous sommes tout de suite très bien entendus, je crois qu’on fait une bonne équipe de travail. Même quand on cale, que ça ne va pas, on est toujours sereins, on bosse sérieusement et ça avance. C’est pareil quand on travaille sur le spectacle. Il y a une part de création qui appartient à chacun, on travaille séparément et quand on se retrouve on arrive à être assez productifs. Ce n’est pas du tout la création dans la douleur et l’angoisse et c’est très appréciable.
Parallèle avec le spectacle
L’idée d’un spectacle (en cours de création aujourd’hui) est apparue très vite, mais le disque est quand même à l’origine. Ce n’est pas l’adaptation d’un spectacle c’est vraiment un projet en soi. Je crois que de commencer par penser la création d’un disque nous a permis d’avoir vraiment deux démarches indépendantes, même si on retrouve le même univers, les mêmes histoires et musiques. Toutes les histoires et toutes les musiques n’apparaissent pas dans le spectacle et inversement tout le spectacle n’apparaît pas sur le disque. D’ailleurs certaines histoires comme le Train ou le Nibou sont déjà dans un d’autres spectacles (Faut pas croire, et Pas très sage) qui existaient avant le disque. Ce sont deux « petite Juju » qui se croisent, se font échos mais la parole est différente.
Par exemple, l’ordre des histoires est différent. Pour le disque, on a cherché un rythme mais pas un ordre chronologique, il fallait que chaque histoire puisse être écoutée séparément. J’avais envie, en même temps, qu’on puisse imaginer qu’entre les histoires il se passe des choses qui ne sont pas dites, c’est aux auditeurs de les imaginer, les personnages continuent à vivre leur vie... Dans le spectacle les histoires sont beaucoup plus imbriquées entre elles et surtout, elles sont dépendantes de l’ici et maintenant.
La musique a une place différente aussi, pour « la petite Juju » version spectacle on a eu envie que la contrebasse soit sur scène et du coup de jouer sur les contrastes grands et petit. On utilise aussi des ombres chinoises, plus grandes que nous, ça donne encore une autre dimension. Il y a toute une création visuelle qui n’existe pas dans le disque.
Ce qui est différent aussi pour les spectateurs c’est de voir le conteur et le musicien et en même temps être emporté dans l’imaginaire. C’est ce que je trouve extraordinaire dans le conte, on est vraiment dans un univers fantastique et en même temps on voit bien que c’est juste ce type là qui parle, on voit comment marche la magie et on choisit d’y croire, mieux encore on peut le refaire chez soi ! Quand on raconte, « on s’y croit » exactement comme les enfants quand ils jouent (on serait des princesses et toi tu voudrais nous enlever…). C’est cette liberté, ce naturel dans le jeu que je recherche sur scène. Un jour à la fin de Pas très sage qui s’adresse aux 4-6 ans une petite fille est venue me voir et m’a dit avec un sourire : « pourquoi t’as fait n’importe quoi ? »… J’étais ravie !
Public et micro
J’ai l’habitude quand je raconte en public d’utiliser, le geste, l’espace, la présence des auditeurs. L’enregistrement a demandé une toute autre démarche.
Au début j’étais vraiment très nule. J’étais impressionnée par le fait de me retrouver seule face à cet énorme truc à trois centimètre de ma bouche, qu’on appelle un micro, ça s’entendait terriblement que j’étais tendue.
Je ne pouvais pas du tout m’appuyer sur des mimiques ou quoi que ce soit de visuel, c’est ça qui a été le plus dur…Tout doit passer dans la voix.
Le silence aussi n’est pas le même, en public le silence est un écho une écoute collective, là c’est plus difficile à appréhender. Au début je n’en faisais pas assez, après trop. C’est Pascal qui m’a guidée là-dessus.
D’un autre côté, tout s’entend, toutes les intentions paraissent grossies dans le micro, caricaturées, il ne faut surtout pas trop en faire. Pascal m’a fait découvrir par exemple qu’on reconnaissait très bien les voix des personnages, il m’a fait enlever tous les « dit Antoine », « dit Juju », « répondit sa maman »… une tonalité un peu différente pour chacun suffisait.
Dur aussi d’imaginer ses auditeurs, car si on ne pense pas à eux, ça sonne creux, ce n’est pas « adressé ». Je m’entraînais chez moi avec une poupée ou un nounours pour m’appliquer à adresser mon histoire non pas à un public mais à « quelqu’un » d’imaginaire.
A chaque enregistrement (4 en tout) j’ai découvert des choses intéressantes : qu’on pouvait recommencer, qu’on pouvait chuchoter…Qu’on pouvait se détendre et s’amuser. C’est là que ça a commencé à ressembler à quelque chose.
Mais pour tout dire j’ai découvert en enregistrant la dernière histoire (l’Ogre) qu’on pouvait aller beaucoup plus loin dans la musicalité de la parole. Que c’était ça qui allait donner du relief aux histoires, et que c’était ça qui était vraiment marrant. J’aurai bien tout ré-enregistré, mais on m’a dit que ça irait pour cette fois… En tous cas, ça me donne bien envie de recommencer l’expérience, je commence tout juste à comprendre...
Angelina Galvani
17:40 Publié dans LA P'TITE JUJU | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



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