« LA PETITE JUJU d'Angelina Galvani : un conte à écouter | Page d'accueil | Une pomme oubliée sur le buffet »
13.04.2008
Anne Kovalevsky

Comment est né le disque Une pomme oubliée sur le buffet ?
Ce disque est né après un spectacle éponyme. Contrairement à mon premier disque « Helena, Marie, Rose et les autres…» qui s’était fait très vite, celui-ci a demandé du temps, de la réflexion et sans doute un peu plus de maturité.
Pendant trois ans, je suis allée raconter en service gériatrie au pied du lit. Au cours de ces rencontres hebdomadaires avec les « vieux » et les « vieilles », il y a eu des échanges, des réflexions. Des constats heureux ou douloureux…
Et j’ai eu envie de parler de tout cela. Le spectacle est né. Un livre du spectacle a été édité chez Jacques André éditions. Il ne restait plus qu’à enregistrer le CD. Mais comment faire passer juste par la voix, la richesse de ces vieux et ces vieilles ? Est ce que le texte pouvait se passer de la présence, du décor, des lumières d’un spectacle ?
Les rencontres, les discussions avec Oui’dire, sur le pourquoi, sur le comment des histoires furent vives. Mais elles furent riches et fortes de ce qui constitue le travail du conteur, quelle est l’intention que l’on met derrière la parole ?
Et comme on m’a dit, faire un deuxième CD est beaucoup plus difficile que le premier… Mais quel bonheur !!!
Manière d’appréhender et choix de mise en son.
J’ai choisi de proposer aux gens une « ballade » dans le service de gériatrie. On va de chambre en chambre, les portes s’ouvrent et une galerie de portraits apparaît.
Il a fallu chercher et trouver des couleurs et des ambiances différentes en fonction des personnages.
Pour chaque personnage, il y a eu plusieurs prises… comment raconter avec un peu plus de tendresse, de distance, un peu moins d’émotion… finalement, entre le un peu plus et le un peu moins on finit par trouver ce qui semble juste.
D’où viennent ces contes
Ce CD est un mélange d’histoires vraies, de récits de vies, de simples portraits et anecdotes sur les pensionnaires d’un service gériatrie... Le tout est mélangé à des contes. On ne sait jamais vraiment ou est la fiction ou la réalité.
Pour Louise et Alcide, ce sont simplement deux portraits de ce qu’ils sont aujourd’hui ; Louise, une pomme oubliée sur le buffet, et Alcide, la moustache souriante et encore joli garçon pour son âge….
Renée. C’est l’histoire d’un fait-divers non résolu et d’une rumeur de quartier. A été collecté par un habitant du quartier où se trouve l’hôpital.
Yvette. Histoire de vie finalement très simple… et comme j’aime les histoires d’amour, je ne pouvais que m’attacher à Yvette.
Gilberte est sans doute la « tatie Danièle » du service. Elle est désagréable, méchante avec tout le monde. Elle est tellement méchante que je n’ai pas pu m’empêcher de lui accorder des circonstances atténuantes… Pourtant, elle est vraiment détestable… J’ai mélangé cette Gilberte à un conte de Noël, ou un enfant veut suivre les rois mages et porter un cadeau à l’enfant roi. Sa mère lui donne une tunique de toutes les couleurs. Le bleu, c’est l’amitié entre les hommes, le rouge l’amour, le gris la peine… Ainsi l’enfant roi aura l’humanité entière entre les mains.
Si Gilberte n’aime toujours pas les gens, j’espère toujours qu’un jour elle me dira vraiment qu’elle les aime un peu…
Farouk est sans doute le personnage qui m’a le plus marqué au cours de ces trois années. Il dégageait à la fois une telle noblesse et une telle souffrance qu’il en était vraiment bouleversant. Sa femme, tout comme lui était de la race des seigneurs. Il l’a effectivement enlevée le jour de son mariage à un mari dont elle ne voulait pas. Ils sont partis et se sont retrouvés sur les quais de Marseille où un boulanger les a recueillis. C’était il y a 50 ans… Est ce que ce serait encore possible aujourd’hui ?
Le conte « Le grain de blé » est un conte soufi, et je trouve qu’il lui allait bien. La vraie vie n’est elle pas de nourrir un homme ?
Félix. Je n’ai pas rencontré Félix dans ce service de gériatrie. Félix, c’est mon grand père et il a effectivement eu la vie sauve parce qu’il n’avait pas terminé une veste d’uniforme pur un officier allemand.
Julietta et sa vierge en bouteille. C’est une histoire vraie. De toute façon, une histoire pareille, ça ne peut pas s’inventer !
Louis qui attend que les oiseaux se mettent à chanter. Louis est effectivement dans son fauteuil. Il est un peu, beaucoup perdu… Je lui ai donné cette histoire pour croire que l’espérance est encore possible même quand la tête ne va plus bien… Le conte de l’oiseau gris est un conte traditionnel dont je n’ai jamais retrouvé l’origine.
Zélia était vraiment bonne à tout faire chez Monsieur Giscard d’Estaing, du temps où il n’était pas encore président… Et c’est avec elle que j’ai appris les paroles de « Maréchal nous voilà !... » Et oui, la curiosité peut mener à tout…
Mathilde une douce rêveuse, qui n’a pas ri tous les jours avec son mari. Et effectivement, elle a été presque contente quand il est mort d’un accident de vélo. Sa relation avec ses voisins et surtout sa voisine, Janine est un clin d’œil à ma belle mère qui est morte comme elle, en tombant dans les fleurs…
L’histoire du rosier d’éternité, conte arménien est pour moi une façon d’ouvrir sur l’avenir, sur l’éternité ou chacun d’entre nous sera un petit morceau de l’édifice.
Anne Kovalevsky
13:00 Publié dans UNE POMME OUBLIÉE SUR LE BUFFET | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



Ecrire un commentaire
NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.